La ville du quart d’heure s’impose comme une boussole pratique pour repenser l’organisation urbaine et améliorer la qualité de vie, en rapprochant services, travail et nature.
Points Clés
- Point clé 1: La ville du quart d’heure vise à rendre accessibles en 15 minutes les services essentiels grâce à la mixité fonctionnelle et un maillage piéton/vélo de qualité.
- Point clé 2: La réussite dépend d’une gouvernance transversale, d’outils analytiques (isochrones, SIG) et d’un phasage combinant actions rapides et réformes structurelles.
- Point clé 3: Des protections sociales et foncières sont nécessaires pour prévenir la gentrification et garantir l’équité d’accès.
- Point clé 4: Des financements diversifiés (fonds publics, partenariats, green bonds) et des expérimentations tactiques facilitent la mise en œuvre.
- Point clé 5: L’évaluation continue avec des indicateurs spatiaux, sociaux et environnementaux permet d’adapter les mesures et d’assurer la pérennité des changements.
Qu’est-ce que la ville du quart d’heure ? Origines et principes fondamentaux
Le concept de ville du quart d’heure propose que chaque habitant puisse accéder à ses besoins quotidiens — travail, commerces, écoles, santé, loisirs et nature — en moins de quinze minutes à pied ou à vélo.
Il s’appuie sur des enjeux contemporains : réduction des émissions de gaz à effet de serre, résilience face aux perturbations, amélioration de la santé publique et renforcement du lien social. L’idée a été popularisée dans les débats urbains contemporains par des chercheurs et praticiens, puis mise en avant dans plusieurs politiques municipales à travers le monde.
Les principes structurants sont simples à énoncer mais complexes à traduire : mixité fonctionnelle, maillage piéton/vélo, services proches, densité raisonnée, espaces verts, suivi par des indicateurs pertinents et un phasage d’actions clair.
Mixité fonctionnelle : pourquoi elle est centrale et comment la mettre en œuvre
La mixité fonctionnelle désigne la coexistence, à l’échelle du quartier, de fonctions résidentielles, commerciales, culturelles, éducatives et professionnelles. Elle réduit les distances entre domicile et activités et favorise une vie de quartier dynamique.
Elle se traduit par des règles d’urbanisme et des incitations : zonage mixte, autorisation de boutiques de proximité en rez-de-chaussée, transformation de bureaux vacants en logements ou en équipements publics, et encouragement des tiers-lieux et des commerces de proximité.
Les bénéfices sont nombreux : vitalité économique, sécurité accrue grâce à l’occupation continue de l’espace public, et résilience face aux ruptures de mobilité. Néanmoins, la mixité doit être pensée pour éviter la spéculation foncière et la gentrification.
Exemples concrets : la création d’un petit marché hebdomadaire, l’ouverture de locaux municipaux pour des associations, ou la transformation progressive d’anciennes zones industrielles en quartiers mixtes. Ces interventions permettent d’ancrer l’usage local et de tester la viabilité de nouvelles fonctions.
Maillage piéton et cyclable : structurer le réseau pour la proximité
Un maillage piéton/vélo dense, sûr et continu est la condition pour rendre les quinze minutes réellement accessibles. La qualité du réseau compte autant que sa continuité : trottoirs larges, traversées protégées, pistes cyclables séparées et intersections calmées.
Les projets efficaces combinent interventions physiques (réduction de la voirie automobile, implantation d’arceaux vélo, zones 30) et gestion du trafic (priorité au feu pour les bus et vélos, restrictions de transit). Le concept de « rue apaisée » ou de « petite ceinture verte » favorise les trajets actifs.
Outils à mobiliser : études d’accessibilité par isochrones, simulations de flux piétons, audits de sécurité, et expérimentations temporaires de rue partagée. La concertation avec les commerçants et les riverains facilite l’acceptation de mesures parfois perçues comme contraignantes.
Services proches : quels services doivent être prioritaires ?
La notion de services proches recouvre plusieurs catégories : les services essentiels (santé, alimentation, éducation), les services du quotidien (lavage, poste, banques), et les services de qualité de vie (culture, sport, espaces conviviaux).
Prioriser revient à cartographier la demande locale et à s’assurer que la distribution des services correspond aux besoins démographiques et socio-économiques. Par exemple, la présence d’une pharmacie et d’une épicerie à proximité est souvent plus critique pour une population vieillissante que la multiplication de cafés.
Des modèles mixtes émergent : dispositifs mobiles (bus-santé, marchés itinérants), tiers-lieux multifonctionnels et services municipaux décentralisés. Ces solutions permettent de couvrir des zones où la permanence d’un commerce n’est pas économiquement viable.
Densité : quelle intensité constructive pour une ville du quart d’heure ?
La question de la densité est souvent mal comprise. Il ne s’agit pas d’une densification brute et uniforme, mais d’une densité ciblée et qualitative, concentrée autour des pôles de services et des axes structurants.
La densité favorise l’offre de services et la viabilité du transport actif. Toutefois, elle doit être accompagnée d’équipements publics, d’espaces verts et d’une architecture qui préserve la qualité de vie : apports de lumière, ventilation, acoustique et espaces communs.
Indicateurs utiles : densité de logements par hectare, ratio emplois/logements, et taux d’occupation des équipements. Des densités plus élevées près des stations de transport et des rues commerçantes, et des transitions vers des typologies plus basses en périphérie, créent un gradient urbain équilibré.
Espaces verts : multifonctionnalité et proximité
Les espaces verts sont essentiels pour la santé physique et mentale, la résilience climatique et la biodiversité urbaine. Dans une ville du quart d’heure, chaque habitant doit pouvoir atteindre un espace vert de qualité en quelques minutes.
La diversité des espaces compte : petites places arborées, jardins partagés, coulées vertes, toitures végétalisées et corridors écologiques. Leur répartition dans la trame urbaine maximise l’accès et les fonctions (rafraîchissement, gestion des eaux pluviales, loisirs).
Des outils de planification incluent la cartographie des îlots de chaleur urbain, l’analyse de l’accès en distance de marche, et la définition d’objectifs comme X m² d’espace vert par habitant. Les interventions peuvent être tactiques (plantation temporaire, micro-parcs) ou structurantes (création de parcs linéaires).
Indicateurs : mesurer l’accessibilité et la qualité de la proximité
Des indicateurs robustes sont indispensables pour piloter une transformation urbaine. Ils permettent d’évaluer l’évolution des proximités, l’équité d’accès et l’efficacité des mesures.
Indicateurs recommandés :
- Part de la population ayant accès en 15 minutes à un ensemble minimal de services (alimentation, santé, école, transports).
- Walkability score ou score de marche basé sur la densité de destinations et la qualité du réseau piéton.
- Modal split : part des déplacements effectués à pied, à vélo, en transports collectifs et en voiture.
- Surface d’espaces verts par habitant et part de la population à x mètres d’un espace vert.
- Densité résidentielle et ratio emplois/logements par quartier.
- Accessibilité financière : part de logements abordables et évolution des loyers/charges.
- Indices de connectivité : longueur des tronçons piétons/cyclables, nombre d’intersections par km².
La combinaison d’indicateurs spatiaux (isochrones) et socio-économiques (revenu, âge, vulnérabilité) permet de cibler les interventions sur les zones prioritaires.
Outils et méthodes pour diagnostiquer et planifier
Les outils techniques jouent un rôle clé pour rendre opérationnel le concept. Ils vont des logiciels SIG aux plateformes participatives et aux expérimentations sur le terrain.
Outils cartographiques et analytiques :
- QGIS et autres SIG pour la cartographie, l’analyse de densité, la superposition des couches (services, transports, végétation).
- Isochrones calculés par OpenTripPlanner, GraphHopper ou les API de cartographie pour visualiser l’accessibilité à 15 minutes en marche ou en vélo (voir OpenTripPlanner et GraphHopper).
- Données ouvertes : OpenStreetMap pour le foncier et le réseau via OpenStreetMap, données INSEE pour la démographie, et données locales sur les équipements.
- Modèles de simulation : logiciels de microsimulation de mobilité, analyses de scénarios de densification et tests d’impact sur les infrastructures.
Outils participatifs :
- Cartes collaboratives et plateformes de consultation pour recueillir les besoins et les offres de services.
- Ateliers de co-conception, par exemple pour dessiner des micro-espaces publics ou définir l’implantation de services partagés.
- Expérimentations tactiques (parklets, rues piétonnes temporaires) pour tester les usages et mesurer les effets.
Gouvernance et finance : le succès repose sur la mobilisation des acteurs : collectivités, opérateurs de mobilité, bailleurs sociaux, commerçants et habitants. Des mécanismes de financement peuvent inclure subventions publiques, partenariats public-privé, fonds européens (ex. Fonds de cohésion, Commission européenne) et réaffectation de recettes de stationnement.
Phasage : articuler actions rapides, moyens et long terme
Un plan de transformation vers la ville du quart d’heure se structure en plusieurs phases complémentaires pour rester réaliste et maîtriser les coûts.
Phase immédiate (0–2 ans) : actions visibles et peu coûteuses
Actions typiques :
- Expérimentations de voirie (zones 30, rues partagées, piétonnisation temporaire).
- Création de marchés éphémères et d’initiatives mobiles (bibliobus, marchés ambulants).
- Cartographie participative des besoins et diagnostic d’accessibilité par isochrones.
Ces mesures permettent d’engager la population, de produire des preuves de concept et d’ajuster rapidement les dispositifs.
Phase moyenne (2–7 ans) : consolidations et adaptations réglementaires
Actions typiques :
- Révision du plan local d’urbanisme (PLU) pour permettre la mixité et amplifier la densité autour des pôles.
- Création d’infrastructures cyclables continues, apaisement des axes et priorisation des transports publics.
- Programmes de rénovation de friches et conversion de bureaux vacants en logements ou équipements.
La phase moyenne nécessite des arbitrages financiers et la coordination entre services techniques, urbanistes et opérateurs privés.
Phase longue (7–20 ans) : transformation structurelle
Actions typiques :
- Réaménagements urbains lourds (requalification d’axes, création de parcs linéaires).
- Construction de nouveaux équipements et densification maîtrisée autour des nœuds d’accessibilité.
- Mise en place d’instruments juridiques pour la maîtrise foncière et le logement abordable à long terme.
La patience politique et la planification financière sont cruciales pour mener à bien ces transformations.
Indicateurs opérationnels et méthodes de suivi
Pour piloter un projet, il est utile d’établir un tableau de bord contenant des indicateurs spatiaux, sociaux et environnementaux.
Quelques méthodes concrètes :
- Calcul d’isochrones pour plusieurs modes (marche, vélo, transport en commun) et comparaison temporelle.
- Sondages de satisfaction et enquêtes de mobilité avant/après les interventions.
- Mise en place d’indicateurs de suivi socio-économique : évolution des loyers, taux de vacance commerciale, nombre d’emplois locaux.
- Mesures environnementales : concentration de polluants, îlots de chaleur, surface imperméabilisée.
Il est recommandé d’agréger des données ouvertes et des relevés municipaux, et de publier des bilans réguliers pour assurer la transparence et l’adhésion citoyenne.
Risques et limites : inégalités, gentrification et résilience
La transformation vers une ville du quart d’heure comporte des risques : la gentrification peut évincer les ménages modestes, et une amélioration des services peut entraîner une hausse des prix du foncier.
Il est essentiel d’accompagner les actions par des dispositifs de protection : quotas de logements sociaux, land trusts communautaires, plafonnement des loyers ou subventions ciblées pour les commerces indépendants. Les politiques foncières actives (acquisitions publiques, servitudes) permettent de préserver l’accessibilité à long terme.
Par ailleurs, la ville du quart d’heure doit intégrer la résilience climatique : adaptation aux vagues de chaleur, gestion des eaux pluviales et continuité des services en cas de crise. Une approche multisectorielle et un plan de contingence sont indispensables.
Exemples de mise en pratique : enseignements de villes engagées
Paris a popularisé l’idée à l’échelle métropolitaine, en promouvant la proximité comme principe d’aménagement et en expérimentant la piétonnisation d’axes. L’Institut Paris Region publie des diagnostics et scenarii d’accessibilité qui servent d’outil d’évaluation (Institut Paris Region).
Barcelone a développé les superilles (superblocks) : regroupements d’îlots où la priorité est donnée aux piétons et aux vélos, diminuant la circulation et redonnant de l’espace public aux habitants. Ces dispositifs montrent comment la reconfiguration de la voirie peut transformer les usages (voir la page officielle des superilles de la Mairie de Barcelone : Superilles).
Des régions comme l’État de Victoria en Australie ont promu le concept voisin de « 20-minute neighbourhoods », avec des stratégies intégrées de mobilité et de services (Victorian Government).
Réseaux internationaux comme C40 Cities et UN-Habitat offrent des retours d’expérience et des guides pour adapter les approches locales aux objectifs climatiques et sociaux.
Outils numériques et plateformes : exemples concrets
Plusieurs solutions technologiques facilitent l’analyse et la mise en œuvre :
- QGIS pour les analyses cartographiques et la superposition de couches thématiques.
- OpenTripPlanner et GraphHopper pour calculer des isochrones multimodales et comparer différents scénarios d’accessibilité.
- Plateformes de consultation citoyenne (Carto, Commonplace) pour recueillir les usages et les besoins.
- Données ouvertes (OpenStreetMap, INSEE) pour construire des diagnostics gratuits et reproductibles.
L’intégration de ces outils dans un flux de travail municipal améliore la capacité d’anticipation et de simulation, et facilite les décisions fondées sur des preuves.
Recommandations pratiques pour les collectivités et les acteurs locaux
Pour implémenter la ville du quart d’heure avec succès, quelques recommandations opérationnelles :
- Commencer par des diagnostics fins par quartier (isochrones, inventaire des services, profil socio-économique).
- Lancer des expérimentations tactiques pour tester rapidement et à moindre coût.
- Réviser les documents d’urbanisme pour autoriser la mixité et faciliter la reconversion d’immeubles.
- Mettre en place des mesures de protection foncière et de logement abordable avant les opérations lourdes.
- Associer les acteurs locaux (commerçants, associations, écoles) et communiquer régulièrement les résultats.
Ces étapes garantissent que les transformations répondent aux besoins locaux et restent socialement équitables.
Questions à se poser avant de lancer un projet
Des interrogations claires aident à cadrer l’action. Il est utile qu’un décideur local pose les questions suivantes :
- Quels services manquent aujourd’hui à X % des habitants du quartier ?
- Quels axes peuvent être requalifiés rapidement pour favoriser la marche et le vélo ?
- Comment protéger les populations vulnérables des effets indésirables (hausses de loyers, évictions) ?
- Quels indicateurs seront suivis et comment seront-ils rendus publics ?
Ces questions orientent les choix techniques et politiques et permettent de prioriser les investissements.
Astuce terrain : petites interventions, grands effets
Une astuce souvent négligée : la succession de petites interventions bien ciblées peut modifier durablement les pratiques. Par exemple, l’installation d’un marché de quartier, la végétalisation de quelques rues et l’ajout d’un arceau vélo augmentent la fréquentation et attirent d’autres initiatives.
Ces « quick wins » améliorent la perception du quartier et créent un momentum politique pour des réformes plus profondes.
Intégration avec la mobilité collective et la transition énergétique
La ville du quart d’heure ne remplace pas le besoin de transports collectifs performants pour les trajets plus longs. Elle doit toutefois s’articuler avec des services de transport de proximité : bus de quartier, navettes électriques, vélos en libre-service et liens intermodaux.
Une stratégie intégrée veille à réduire les émissions grâce à des flottes décarbonées et à favoriser la multimodalité. La planification énergétique urbaine (réseaux de chaleur, sobriété énergétique des bâtiments) accompagne la transition et renforce la cohérence des politiques publiques.
Gouvernance locale et instruments juridiques
La gouvernance conditionne la capacité d’une collectivité à mettre en œuvre la ville du quart d’heure. Elle requiert une coordination transversale entre services (urbanisme, mobilité, environnement, social) et une implication continue des acteurs privés et associatifs.
Instruments juridiques et outils disponibles :
- PLU et documents d’urbanisme pour encadrer la mixité et les typologies constructives.
- Acquisitions foncières par la collectivité pour maîtriser l’évolution des usages et préserver des équipements.
- Mécanismes d’occupation contrôlée du foncier comme les land trusts ou, en contexte français, des dispositifs proches (bail réel solidaire) pour dissocier foncier et bâti.
- Mécanismes de soutien aux commerces et aux services (baux aidés, exonérations temporaires, fonds de soutien).
La création d’un observatoire local et d’une cellule de pilotage multi-acteurs facilite la mise en cohérence et le suivi des actions.
Financement : modèles économiques et instruments innovants
Un déploiement réussi combine ressources publiques, investissements privés et financements innovants. Plusieurs instruments peuvent être mobilisés selon l’échelle et le profil du projet.
- Subventions et dotations (État, région, fonds européens) pour les études et les premiers investissements.
- Partenariats public-privé (PPP) pour des équipements ou services partagés, en veillant à la préservation de l’intérêt public.
- Green bonds et obligations locales pour des projets liés à l’adaptation climatique et à la mobilité décarbonée (ex. financement de pistes cyclables, parcs et réseaux d’énergies renouvelables).
- Fonds rotatifs ou prêts à taux préférentiels pour soutenir la conversion de locaux vacants et la création de commerces de proximité.
- Utilisation stratégique des recettes de stationnement et de la fiscalité locale pour réinvestir dans l’espace public et les services de proximité.
L’élaboration d’un plan financier pluriannuel, avec des scénarios de retour sur investissement social et économique, renforce la crédibilité du projet auprès des financeurs.
Politiques d’inclusion et mesures anti-gentrification
La mise en place de la ville du quart d’heure peut accentuer les pressions foncières si elle n’est pas accompagnée de mesures sociales. Un ensemble de dispositifs protège les populations vulnérables :
- Quota de logements sociaux et maintien d’un parc social diversifié à l’échelle des opérations urbaines.
- Bail réel solidaire et instruments de dissociation foncier/bâti pour réduire la spéculation.
- Politiques fiscales ciblées (abattements, exonérations temporaires) pour les commerces indépendants et les locataires à faibles revenus.
- Participation financière via des fonds locaux destinés à soutenir la création d’activités de proximité dans les secteurs fragiles.
Le suivi des indicateurs socio-économiques (loyers, évolution des ménages) permet d’ajuster les politiques en continu.
Accessibilité universelle et inclusion des personnes à mobilité réduite
La ville du quart d’heure doit intégrer l’accessibilité universelle. Les aménagements piétons et cyclables doivent être pensés pour toutes et tous : personnes âgées, parents avec poussette, personnes à mobilité réduite.
Principes de conception :
- Trottoirs continus et sans obstacles, pentes maîtrisées et surfaces antidérapantes.
- Carrefours et traversées avec signalisations sonores et temporisation des feux adaptée.
- Mobilier urbain modulable et stationnement vélo accessible avec dispositifs adaptés.
- Accessibilité des équipements publics (ramps, ascenseurs, information en braille et contraste visuel).
La co-conception avec des associations représentant les personnes handicapées améliore la pertinence des solutions.
Adaptation aux contextes périurbains et ruraux
Le concept s’applique aussi hors des centres densément urbains, mais il demande des ajustements. Dans les zones périurbaines et rurales, la logique sera moins fondée sur la densité et davantage sur la répartition des pôles de services, la mobilité partagée et les services mobiles.
Stratégies adaptées :
- Renforcement des commerces et services dans des pôles intermédiaires (bourg-centres).
- Systèmes de mobilité à la demande, navettes électriques et covoiturage organisé pour compléter les itinéraires actifs.
- Mutualisation des équipements (équipements scolaires ouverts le soir pour associations, bibliothèques partagées).
- Incitations pour installer des entreprises de services et artisans locaux via des baux attractifs et accompagnement à l’installation.
Design des rues et qualité de l’espace public : recommandations techniques
La qualité de l’espace public influence le comportement. Un bon design incite à marcher, à flâner et à utiliser le vélo.
Principes techniques :
- Priorité à l’usager faible : réduire la vitesse, augmenter l’espace pour les piétons et créer des continuités de parcours.
- Arbre et ombrage : alignements d’arbres, voiles d’ombrage et pergolas pour lutter contre les îlots de chaleur.
- Matériaux perméables et micro-infrastructures de gestion des eaux pluviales (bandes végétalisées, noues).
- Mobiliers urbains modulables pour faciliter l’appropriation locale : bancs, jardinières, zones de jeu temporaires.
Les interventions doivent respecter des standards de maintenance et des budgets opérationnels pour rester efficaces dans la durée.
Santé publique et impacts mesurables
La proximité et la promotion des modes actifs produisent des bénéfices sanitaires mesurables : réduction des sédentarités, amélioration de la qualité de l’air et diminution des accidents routiers. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) rappelle le rôle de l’environnement bâti dans l’activité physique et la santé cardiovasculaire (WHO – Physical Activity).
Mesures d’impact :
- Évolution du temps quotidien consacré à la marche et au vélo.
- Indicateurs de qualité de l’air (PM2.5, NO2) et corrélation avec la morbidité respiratoire.
- Tendances des accidents piétons/vélos et mortalité routière locale.
L’intégration de la santé dans les critères d’évaluation renforce l’argumentaire pour les acteurs publics et les financeurs.
Suivi adaptatif et gouvernance par les données
Un suivi adaptatif combine collecte de données régulière, évaluation et ajustements opérationnels. Les municipalités gagnent à mettre en place des cycles d’évaluation annuels et pluriannuels intégrant retour des habitants.
Étapes recommandées :
- Définir des objectifs SMART (Spécifiques, Mesurables, Atteignables, Réalistes, Temporels) pour chaque indicateur.
- Mettre en place des protocoles de collecte : capteurs, enquêtes, observation sur terrain.
- Publier des tableaux de bord publics et organiser des revues annuelles multi-acteurs.
- Adapter les mesures en fonction des résultats et capitaliser sur les expérimentations réussies.
Exemples approfondis et enseignements pratiques
Paris a développé des projets concrets : piétonnisation de portions de rive, élargissement des trottoirs et multiplication des pistes cyclables, avec des évaluations périodiques produites par l’Institut Paris Region (Institut Paris Region).
Barcelone a documenté les effets des superilles : baisse du trafic, amélioration de la qualité de l’air et création d’espaces publics supplémentaires. Les observations montrent aussi la nécessité d’un dialogue permanent avec les riverains pour ajuster les périmètres et les usages (Superilles).
En Australie, les politiques de « 20-minute neighbourhoods » intègrent planification de transport et services locaux, démontrant l’intérêt d’une stratégie intégrée entre niveaux de gouvernement (Victorian Government).
Risques opérationnels et leviers pour les contourner
Les obstacles récurrents incluent la résistance au changement (commerçants dépendants du trafic automobile, automobilistes), la contrainte budgétaire et l’insuffisance de données locales. Les leviers efficaces :
- Expérimentations temporaires pour démontrer les bénéfices à court terme.
- Mécanismes d’accompagnement économique pour les acteurs impactés (aides, formation, communication).
- Campagnes d’information basées sur des données et retours d’expérience d’autres villes.
- Programmation progressive et mixant actions visibles et réformes réglementaires.
Éléments pratiques pour lancer un projet de quartier
Un plan d’action opérationnel commence par une séquence claire : diagnostic, concertation, expérimentation, consolidation et évaluation. Un kit de démarrage peut comprendre :
- Carte d’isochrones à 15 minutes pour plusieurs modes.
- Inventaire des locaux vacants et des friches.
- Fiche-action pour dix interventions rapides (parklets, marchés, arceaux vélo, plantations).
- Plan de financement initial et liste d’acteurs à mobiliser.
- Calendrier de suivi et indicateurs de performance.
La démarche s’appuie sur des retours d’expérience et des modèles réutilisables pour d’autres quartiers, facilitant l’échelle et la reproductibilité.
Perspectives : comment la notion évoluera-t-elle ?
La ville du quart d’heure est en constante évolution. Les innovations numériques (télémédecine, e-learning, coworking) modifient la nature des besoins de proximité. Par ailleurs, le changement climatique impose d’ajouter des critères d’adaptation aux critères de proximité.
La montée en puissance des nouvelles formes de travail hybride peut rendre certains quartiers plus mixtes en horaires et fonctions, rendant la proximité encore plus pertinente. Les décideurs devront donc concilier flexibilité, accessibilité et équité.
Les expériences internationales montrent que la notion s’adapte à des contextes variés : zones denses européennes, villes moyennes ou quartiers périurbains peuvent tous tirer profit d’une logique de proximité adaptée à leur morphologie.
Un acteur local qui souhaite approfondir un diagnostic de quartier, tester une expérimentation tactique ou définir des indicateurs sur mesure trouve dans les outils et méthodes décrits ici une feuille de route pour transformer progressivement la ville et rapprocher services, nature et mobilités.
Il est recommandé que les collectivités partagent leurs résultats et apprentissages à l’échelle régionale et nationale afin de capitaliser sur les réussites et d’éviter les échecs répétés.


